« Dissuasion nucléaire » : une escroquerie

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Quand on entend le mot dissuasion, on l’assimile quasi automatiquement à l’arme nucléaire. C’est de fait un abus de langage, pour ne pas dire une escroquerie conceptuelle.

D’une part, la dissuasion a existé bien avant l’invention de l’arme atomique et surtout elle peut s’exercer avec d’autres vecteurs. D’autre part, la dissuasion nucléaire ne fonctionne pas malgré ce que ne cessent d’affirmer ses partisans. Comme l’a reconnu indirectement, lors d’un colloque, le chercheur Bruno Tertrais, pourtant partisan confirmé de la dissuasion : « En fait il existe toujours une réponse conventionnelle à une agression… »

L’histoire regorge d’exemples où cette stratégie n’a pas fonctionné. La Syrie et l’Égypte n’ont pas été dissuadées en octobre 1973 d’attaquer Israël qui avait pourtant une supériorité militaire et possédait l’arme nucléaire. De même en 1982, l’Argentine savait parfaitement que le Royaume-Uni possédait la bombe et cela ne l’a pas empêchée d’occuper les îles Malouines, territoire britannique. C’est avec de l’armement conventionnel que le Royaume-Uni a riposté, pas avec la menace d’utilisation de l’arme atomique.

Ces exemples montrent que la dissuasion nucléaire n’est pas qu’une histoire d’équilibre militaire entre des acteurs partageant la même rationalité, ce qui est la condition essentielle pour éviter d’entrer dans l’engrenage d’une guerre nucléaire aux conséquences catastrophiques pour l’humanité toute entière.

En effet, la dissuasion est un concept d’ordre psychologique. Outre que sa validité ne peut être ni testée, ni vérifiable, cela signifie qu’elle repose sur l’interprétation d’une situation, sur une logique d’analyse totalement subjective et propre à chacun des acteurs du conflit, surtout en période de crises.
Le président des États-Unis lui-même vient également de remettre en cause la crédibilité de la dissuasion nucléaire en ordonnant le lancement de la production de nouvelles armes nucléaires tactiques destinées à être utilisées en premier sur le champ de bataille…

D’une arme de riposte ou de « non-emploi en premier », nous basculons vers une arme offensive d’emploi en premier… Avec en plus toutes les conséquences d’une telle déclaration en terme de prolifération et de relance de la course aux armements.

Un paradoxe que nous retrouvons avec cette notion en vigueur dans la stratégie d’« ultime avertissement » de la France qui consiste à utiliser en premier l’arme nucléaire à l’encontre d’un État, d’une entité qui aurait porté atteinte à nos intérêts vitaux, pour rétablir la dissuasion… avec une
bombe dont la puissance est de 20 fois celle d’Hiroshima1 !
D’où l’importance de dissocier les deux termes « dissuasion » et « nucléaire ». Car le principe même de la dissuasion est intéressant. En effet, comme l’explique Wikipédia2 : « La dissuasion est une théorie selon laquelle on peut empêcher quelqu’un de commettre un crime par la peur des conséquences potentielles. » Cela s’apparente à faire de la prévention, un objectif que l’on ne peut que partager.

Cette stratégie nécessite d’abord de définir collectivement quels sont les intérêts vitaux contre lesquels il existe de réelles menaces provenant de l’extérieur du pays et ensuite de développer une politique de
dissuasion civile. De façon à rendre non rentable pour un agresseur potentiel tout projet d’intervention.
À ce titre, l’interdépendance qui se développe dans les différents domaines offre de bien meilleures garanties de sécurité qu’une politique s’appuyant sur l’exercice de la terreur.
Il ne s’agit pas dans le cadre de cet article de débattre du type de menaces ni de détailler les pistes d’une telle stratégie de dissuasion civile, mais nous pouvons d’ores et déjà noter un avantage notable : si la dissuasion nucléaire échoue, c’est l’anéantissement. Avec la dissuasion civile, en cas d’échec il reste la résistance qui sera d’autant plus efficace qu’elle aura été préparée à l’avance, justement
dans le cadre de la dissuasion civile…

Reste que pour que puisse se dessiner une telle évolution, il serait nécessaire que s’ouvre un débat non seulement au sein du Parlement, mais également dans l’ensemble de la société. La difficulté que nous rencontrons, est que les discours des partisans et des opposants se déploient en parallèle, chacun dans leur registre propre, sans se confronter. Tel est bien le sens de la campagne d’interpellation de l’opinion publique que notre association va lancer au printemps en partenariat avec le Réseau Sortir du nucléaire, ICAN France, Attac et le Man.

  1. Oui, nous devons en finir avec le nucléarisme.
    Le nucléarisme, cette croyance en un mythe selon lequel la menace permanente et la possession de bombes atomiques par certains États garantiraient une prétendue sécurité, aux contours indéfinis, doit être considérée comme une barbarie d’État, une préméditation de crime contre l’Humanité par des armes de destruction massive. En réalité, les événements partout dans le monde le démontrent au quotidien, c’est bien l’insécurité qui règne sur notre planète et qui écrase les peuples. Ce sont bien les membres permanents du Conseil dit « de sécurité » de l’ONU qui participent, avec les dictatures et les pays belligérants qu’ils soutiennent, avec la prolifération des armements qu’ils alimentent, à cette insécurité, par leur incapacité à gérer les conflits autrement que par le déni, la démonstration de force, la lâcheté diplomatique ou la volonté hégémonique de domination. Alors, avec la barbarie atomique qui menace continuellement le monde, d’autres barbaries s’installent qui la contournent.
    Les crimes collectifs du dernier conflit mondial, jusqu’aux massacres ultimes, aveugles et inutiles des populations japonaises des 6 et 9 août 1945, sont ainsi en permanence refoulés dans l’inconscient collectif, masqués qu’ils sont par des crimes effectifs et potentiels encore pires dont les dirigeants actuels menacent le monde, ou qu’ils perpétuent en prenant en otage et en rançonnant les populations maintenues dans la peur. Nous en sommes tous, au quotidien, les victimes, où que nous vivions. Nous en serions aussi les responsables si ne nous nous mobilisions pas, pour en finir.
    La fin du nucléarisme est donc bien la clé de voûte de toute architecture durable de la sécurité mondiale, la vraie sécurité, celle qui se fonde non sur la menace permanente de l’Autre ou sur l’asservissement, mais sur la gestion intelligente et rationnelle des conflits que la complexité du monde fait naître, en considérant l’humanité comme ce qu’elle est effectivement devenue aujourd’hui, un tout indissociable, en perpétuelle interdépendance. Faute de cela, toutes les autres velléités politiciennes de traitement de l’ensemble des menaces qui pèsent sur l’humanité ne resteront que de vaines agitions pour amuser et endormir les peuples. Il en est ainsi par exemple des réunions magistrales de la Conférence des Parties sur le climat ou de la Conférence sur le désarmement, dont même les États les plus impliqués refusent ou détournent les engagements.
    De toutes les barbaries dont souffre le monde, la barbarie nucléaire est la barbarie ultime en ce sens qu’elle menace toute civilisation par un seul geste fou et par la destruction continue de notre écosystème. Elle l’est aussi car elle conduit les États qui s’auto-légitiment, dans un odieux apartheid nucléaire, à donner en exemple cette barbarie à d’autres fous, elle est donc bien la première des barbaries à éradiquer.
    La prétendue « stratégie de dissuasion nucléaire », ce faux nez du nucléarisme, croyance dangereuse et finalement pathologique, est bien une fausse réponse par la plus abominable des insécurités au problème réel de la sécurité humaine, depuis la conquête délirante par l’Homme du feu nucléaire le 16 juillet 1945, puis avec sa tentative de refoulement par un prétendu usage dit « pacifique » de l’atome qui a, en réalité, permis la production compulsive de milliers de bombes par une industrie nucléaire mondiale devenue toute puissante. L’humanité doit maintenant faire le deuil de cette barbarie, elle doit imposer à ses dirigeants un retour à la conscience et à la raison.
    Évoquer la dite « dissuasion nucléaire » comme une réalité stratégique, ce serait aujourd’hui se faire complice de l’insécurité mondiale, sous toutes ses formes, insécurité contre laquelle on prétendrait vouloir se défendre, ce serait donc bien participer à sa propre mutilation mais aussi à celles de nos descendants.
    L’industrie nucléaire militaire mondiale, cette activité morbide qui s’appuie sur une industrie nucléaire « civile » qui produit et accumule pour elle des centaines de tonnes du plutonium nécessaire aux bombes, s’est ainsi auto-justifiée à son tour avec l’appui des dirigeants nucléaristes qui en sont devenus les serviles vassaux. En réalité, les centrales nucléaires actuelles ont été imposées en lieu et place et au détriment d’autres sources d’énergies raisonnées, détournant des financements considérables pour fabriquer du plutonium avec des chaudières complexes qui produisent de l’eau chaude à grands risques et à grands frais. L’exemple désastreux en termes de problèmes techniques, de dépassements considérables de coûts et de délais de Flamanville 3, après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima ne sont que les plus visibles des dérives gravissimes de cette industrie, car les accidents du nucléaire militaire, après les plus de deux mille explosions atomiques irresponsables, sont également légions.
    Le nucléarisme, sous son masque hideux de la dite « dissuasion nucléaire », va donc bien au-delà de la seule menace ultime, suicidaire, de bombardement atomique. Cette croyance morbide, tentation psychotique et simulacre de puissance, conduit à l’empoisonnement de notre environnement pour des millénaires, mobilise en pure perte des ressources à son seul profit hors de tout débat public et donne aux groupes les plus fous l’exemple d’une barbarie assumée par des États.
    Nous devons en finir, c’est la responsabilité de chacun de nous.

  2. j’approuve le raisonnement bien expliqué ci dessus, donc partisan d une force de dissuasion autre que la grosse bombe sur les civils, mais je suis très partisan de n’importe quelle arme même très petite nucléaire contre nos ennemis attaquants, en dissuasion ou en défense de territoire. Mais jamais autoriser une guerre d’attaque offensive pour conquérir un pays. J’estime que ce crime, attaque pour s’enrichir ou imposer ses vues par la force, est passible de la peine de mort en chaque pays le peuple doit imposer cette sentence contre tous ses dirigeants ( de leur pays). président et politiciens responsables de l’idée et de l’ordre d attaquer.